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17 Mai 2012, St Pascal

La mémoire de la mer amère

            Bonjour à vous, famille, Amis, amis poètes, amis lecteurs,

                     Bienvenue sur mon blog "LE VOLEUR DE FEU". J'y ai rassemblé l'ensemble des recueils de poésie rédigés entre 1978 et 1985, "Mes saisons en enfer" en quelque sorte, ainsi que des poèmes récents et plus classiques, des chroniques sur Verlaine et Rimbaud, un hommage à Audiard, et d'autre rubriques à venir. N'hésitez pas à venir signer le livre d'or ou à me contacter.

 

"Il se trouve dans les trois quarts des hommes comme un poète qui meurt jeune, tandis que l'homme survit".

Sainte-Beuve (portraits littéraires, 1844)

 

"FAIS DE TOI TON OEUVRE POSTHUME"

Tristan CORBIERE, les amours jaunes

 

"Lorsque j'ai écrits ces vers, il n'y avait que Dieu et moi pour les comprendre. Aujourd'hui, il n'y a plus que Dieu".

Victor HUGO (cité par Pierre DESCAVES)

 

La complainte du vieux poète

 

Lorsque j’étais enfant, entre deux maraudages,

Je lisais quelques vers de Vigny ou Musset.

Bien vite fatigué par tous ces bavardages,

Je refermai le livre et je réfléchissais.

 

Qu’est-ce la poésie ? Seulement quelques rîmes ?

Quelques vers décroisés, des musiques plurielles ?

Ou est-ce la fusion de l’âme et de l’intime,

Du soleil et du vent fondu dans l’arc-en-ciel ?

 

N’ais-je jamais vécu que dans le souvenir,

Venir et revenir aux sources de l’enfance,

A chercher l’onde blanche et la blonde innocence,

Les rires cristallins dans le ciel du zéphyr.

 

Et puis très lentement, l’enfance a disparue,

Dans tous mes cauchemars, la mort est apparue.

Depuis celles d’Auschwitz à celle de mon père,

Mon âme est devenue un vaste cimetière.

 

Je me souviens encor, comme un écho lointain,

Des paroles brouillées, des mots éparpillés

De ces vieillards figés dans le froid du matin,

Pleurant la Grande guerre, émus et résignés.

 

Et j’ai voulu chanter comme le sansonnet !

J’ai vomis quelques vers, quelques rimes fragiles,

La main comme boulier pour compter avec style

L’alexandrin boiteux coincé dans le sonnet.

 

Et j’y croyais pourtant à ces vers enfantins,

A ces quelques reflets de mon âme blessée !

Et toute la semaine, et du soir au matin,

Je comptais sur mes doigts les pas de ma pensée.

 

Je me souviens encor de ces quelques poèmes

Envoyés nuitamment à quelques imprimeurs !

A découvrir, naïf, le compte d’éditeur,

J’aurais presque payé, moi le pauvre bohème !

 

Et lorsque j’ai trouvé, dans une librairie,

Un livre du voisin, notable insignifiant,

Qui contait, orgueilleux, l’amour de la patrie,

J’ai haï l’édition et parti en fuyant.

 

Et puis quelques concours de poésie locale,

Quelques prix, des médailles en papier d’argent,

La fierté de ma mère, son fils intelligent,

Un article de presse en lettres capitales.

 

A force de scruter l’ombre du crépuscule,

A chercher constamment l’empreinte du néant,

J’ai construit la douleur, j’ai trouvé la formule,

Et l’exacte harmonie du silence béant.

 

J’ai remisé Musset, j’ai maudit Lamartine,

Toute la cohorte des académiciens.

J’ai gardé les sanglots et les peurs enfantines

De Verlaine aérien, païen et paroissien.

 

Il me reste le son, la douceur de l’aurore,

L’écho évanescent du songe disparu,

Des gestes, des frissons, et la langueur encore, 

Les  flots incandescents d’un bourgeon apparut.

 

J’ai remisé Vigny et Leconte de l’isle,

Celui qui demandait à fusiller Verlaine !

Ah Leconte de l’Isle, ce pauvre imbécile,

Dissous dans le néant acide de ma haine !

 

De mon anthologie, il me reste Rimbaud,

C’est le fils du soleil, le plus pur, le plus beau,

C’est un astre infini, c’est mercure au zénith,

C’est une éternité figée dans le granit.

 

De la forme évasée, fugace de Verlaine,

Il me reste l’écho d’un pas sur de la mousse.

De Rimbaud j’ai gardé le feu de  la secousse

D’un tremblement de terre courant dans la plaine.

 

Je pu mourir d’enfance, et j’ai pu naître enfin,

Renaître par les vers de ma désespérance.

La haute solitude de l’adolescence,

Comme un soleil brisé sur un iceberg sans fin.

 

Et si j’ai déposé, quelques temps, ma douleur,

Noyée dans le magma des affres du réel,

J’en reprends aujourd’hui le sens originel,

Je redeviens acteur de mes sourdes clameurs.

 

Chaque jour, chaque rêve, à chaque battements   

De cœur il me faudra écrire constamment.

Et il me faudra encor, à chaque tourment,

Ecrire la douleur, la sculpter puissamment.

 

                                                             29 janvier 2006

Mises à jour

JOURNAL Article 03/08/2006
DSC00131.JPG Photo  

LES COMPLAINTES

 

La complainte de l’enfance

L’écho de mon enfance émerge du plateau

De Mazagran hanté par les chants de Verlaine.

Quelques coquelicots parsèment les coteaux

Et les champs traversés par les berges de l’Aisne.

 

C’est la mélancolie de l’ennui oppressant

Que versent dans la nuit les ombres des corbeaux.

Les fantômes errants de Verlaine et Rimbaud

Bercent mes souvenirs brûlants d’adolescent

 

L’écho de ma révolte émerge de Vouziers,

Comme le grondement roulant d’un feu de fer.

J’y ai vécu, amer, ma saison en enfer,

Gravée en lettre de sang dans quelques cahiers.

 

Et pourtant, chaque mois, dès qu’apparaît l’Argonne,

Et dès que j’entends au loin les cloches qui sonnent,

L’enfance disparue dans les marais de l’âge

Semble réapparaître de ce marécage.

 

J’y ai connu l’amour, j’y ai connu la mort,

L’amour de mes quinze ans, et la mort de mon père.

J’y ai vu l’insolence des bourgeois austères,

Les pauvres à l’église, émus dans le remord

 

La place de Vouziers résonne des sanglots

De Paul Drouot tué pendant la grande guerre.

La statue de Taine, murée dans son enclos

Semble répondre aux morts du monument de pierre.

 

Que reste-t-il, hélas, de tous ces souvenirs,

Et de ces librairies ouvertes sur le monde !

Il me reste surtout l’oiseau bleu zébrant l’onde

De l’Aisne indolente comme une vieille lyre.

 

L’ombre du tribunal me rappelle Verlaine,

Le prisonnier le plus célèbre de Vouziers.

Et à travers le vent, le doux chant de la plaine,

C’est Verlaine qui pleure, absent et oublié.

 

Me souvient-il encore d’Auguste Bretagne,

Et l’ami de Verlaine et celui de Rimbaud ?

Il fit se rencontrer le plus saoul au plus beau,

Le plus laid à celui du fils de la campagne.

 

Et lorsque je m’en vais en exil vers la ville,

Je replonge à travers  mes regrets juvéniles.

Je laisse l’innocence, et je pleure en silence

Le monde merveilleux de ma lointaine enfance

 

L’écho de mon enfance émerge du plateau

De mazagran baigné dans le brouillard montant.

Vouziers a disparu à travers le manteau    

De brumes et de neige et des rires d’Antan.

 

 La complainte du vieux poète 

Lorsque j’étais enfant, entre deux maraudages,

Je lisais quelques vers de Vigny ou Musset.

Bien vite fatigué par tous ces bavardages,

Je refermai le livre et je réfléchissais.

 

Qu’est-ce la poésie ? Seulement quelques rîmes ?

Quelques vers décroisés, des musiques plurielles ?

Ou est-ce la fusion de l’âme et de l’intime,

Du soleil et du vent fondu dans l’arc-en-ciel ?

 

N’ais-je jamais vécu que dans le souvenir,

Venir et revenir aux sources de l’enfance,

A chercher l’onde blanche et la blonde innocence,

Les rires cristallins dans le ciel du zéphyr.

 

Et puis très lentement, l’enfance a disparue,

Dans tous mes cauchemars, la mort est apparue.

Depuis celles d’Auschwitz à celle de mon père,

Mon âme est devenue un vaste cimetière.

 

Je me souviens encor, comme un écho lointain,

Des paroles brouillées, des mots éparpillés

De ces vieillards figés dans le froid du matin,

Pleurant la Grande guerre, émus et résignés.

 

Et j’ai voulu chanter comme le sansonnet !

J’ai vomis quelques vers, quelques rimes fragiles,

La main comme boulier pour compter avec style

L’alexandrin boiteux coincé dans le sonnet.

 

Et j’y croyais pourtant à ces vers enfantins,

A ces quelques reflets de mon âme blessée !

Et toute la semaine, et du soir au matin,

Je comptais sur mes doigts les pas de ma pensée.

 

Je me souviens encor de ces quelques poèmes

Envoyés nuitamment à quelques imprimeurs !

A découvrir, naïf, le compte d’éditeur,

J’aurais presque payé, moi le pauvre bohème !

 

Et lorsque j’ai trouvé, dans une librairie,

Un livre du voisin, notable insignifiant,

Qui contait, orgueilleux, l’amour de la patrie,

J’ai haï l’édition et parti en fuyant.

 

Et puis quelques concours de poésie locale,

Quelques prix, des médailles en papier d’argent,

La fierté de ma mère, son fils intelligent,

Un article de presse en lettres capitales.

 

A force de scruter l’ombre du crépuscule,

A chercher constamment l’empreinte du néant,

J’ai construit la douleur, j’ai trouvé la formule,

Et l’exacte harmonie du silence béant.

 

J’ai remisé Musset, j’ai maudit Lamartine,

Toute la cohorte des académiciens.

J’ai gardé les sanglots et les peurs enfantines

De Verlaine aérien, païen et paroissien.

 

Il me reste le son, la douceur de l’aurore,

L’écho évanescent du songe disparu,

Des gestes, des frissons, et la langueur encore, 

Les  flots incandescents d’un bourgeon apparut.

 

J’ai remisé Vigny et Leconte de l’isle,

Celui qui demandait à fusiller Verlaine !

Ah Leconte de l’Isle, ce pauvre imbécile,

Dissous dans le néant acide de ma haine !

 

De mon anthologie, il me reste Rimbaud,

C’est le fils du soleil, le plus pur, le plus beau,

C’est un astre infini, c’est mercure au zénith,

C’est une éternité figée dans le granit.

 

De la forme évasée, fugace de Verlaine,

Il me reste l’écho d’un pas sur de la mousse.

De Rimbaud j’ai gardé le feu de  la secousse

D’un tremblement de terre courant dans la plaine.

 

Je pu mourir d’enfance, et j’ai pu naître enfin,

Renaître par les vers de ma désespérance.

La haute solitude de l’adolescence,

Comme un soleil brisé sur un iceberg sans fin.

 

Et si j’ai déposé, quelques temps, ma douleur,

Noyée dans le magma des affres du réel,

J’en reprends aujourd’hui le sens originel,

Je redeviens acteur de mes sourdes clameurs.

 

Chaque jour, chaque rêve, à chaque battements   

De cœur il me faudra écrire constamment.

Et il me faudra encor, à chaque tourment,

Ecrire la douleur, la sculpter puissamment.

 

                                                           

La complainte à Nathalie

Je dépose à nouveau l’enfance sur l’autel

Du monument aux morts de mon adolescence.

De tous les noms gravés dans le grés solennel,

Celui de Nathalie se murmure en romance.

 

J’ai la mémoire intacte aux parfums mystérieux,

Aux courbes devinées d’un corps en mouvement

Entremêlé de fleurs et de flacons précieux

Qu’une goutte suffit à mon envoûtement. 

 

Qu’est-elle devenue, mon âme, mon enfance,

Sculptée dans le granit du monument aux morts

De tous les corps aimés de mon adolescence ?

 

De tous les noms figés dans le roc de l’oubli,

C’est celui de Nathalie qui murmure encore

Comme un écho lointain dans l’aube qui pâlit.

 

                                                                      
La complainte des corbeaux

Lorsque le ciel enfin verse l’aube en lumière,

Et que de l’horizon se lèvent les chaumières,

Les arbres décharnés dessinent dans le ciel

De longs squelettes blancs bercés par le soleil.

 

La plaine est incertaine, et le brouillard levant

Balbutie des flocons ballottés par le vent.

De longs murmures noirs montent des arbres nus,

Des plaintes vaguement bruissent dans l’inconnu.

 

A travers le désert humide et silencieux,

Le ciel en mouvement disperse les nuages.

La plaine immaculée, dévoilée par l’orage

Emerge sur un peuple secret, mystérieux.

 

La haute solitude habite l’harmonie

Des longs corbeaux figés dans leur éternité.

Ils semblent traverser toutes les décennies,

Comme des tombes sur un champ ensanglanté.

 

Et dans l’immensité de la glace sculptée

Par les grands vents du nord que bercent des sanglots

Jamais vous ne verrez le corps mort d’un corbeau,

Desséché au soleil blanc de la tranquillité.

 

Quelques points noirs au loin parsèment le silence,

C’est le peuple immortel de ma désespérance

En marche vers le feu glacé de mon enfance,

Bercée les soirs d’hiver par les corbeaux immenses.

 


La complainte du Pêcheur  

A l’ombre du tilleul, elle m’est apparue,

Fantôme évanescent flottant sur l’onde mauve

De l’étang suspendu aux reflets blancs et fauves.

A l’ombre du tilleul, elle m’est disparue.

 

Et ses grands yeux violets scintillent de myrtilles

Tandis que l’aube enfin lève le drap de pluie

Sur un jardin de fleurs et un champ de jonquilles,

Et ses grands yeux violets scintillent dans la nuit.

 

Et ces parfums secrets éveillent les regrets,

Les souvenirs baignés de langueur minérale

Les soupirs murmurés par le ciel sidéral.

 

A l’ombre du passé, un fantôme est venu.

L’orage maintenant recouvre le marais,

Et les rires muets, et les grands arbres nus.


La complainte du chômeur

A tous les exclus, les « accidentés de la vie », les chercheurs d’emploi, bref à tous les chômeurs

Ecoutez la complainte du pauvre chômeur,

La sourde litanie,

La douleur infinie,

Ecoutez, je vous prie, cette longue clameur.

 

L’usine lentement disparaît dans les ronces,

Comme mes souvenirs.

Je n’ai pas d’avenir,

A toutes mes questions, je n’ai pas de réponse,

 

Il me revient parfois, comme une chanson douce,

L’écho de l’atelier,

Les chants des ouvriers

Noyés dans les bières blondes gonflées de mousse.

 

Et de plus loin encor, j’entends souvent mon père,

Me montrer fièrement

Sa médaille d’argent

Pour les vingt cinq années de travail salutaire.

 

La ville résonnait au rythme de l’usine,

Et si parfois la grève

Se terminait en trêve,

Le silence souvent recouvrait les machines.

 

Et lorsque le patron, père et maire de droite,

Bien sûr sans étiquette,

Nous offrait la piquette,

Nous serrions en tremblant sa main blanchâtre et moite.

 

Nous regardions envieux la superbe bâtisse,

Les belles colonnades,

Le ruisseau en cascades,

Le nom en lettres d’or gravés en frontispice.

 

Et puis ils sont venus, en costumes trois pièces,

Traversant le hangar

Sous le regard hagard

De tous les ouvriers ravagés de tristesse.

 

Et depuis quelques mois, nous ne voulions savoir,

Le rythme au ralenti,

Les rumeurs démenties,

Et depuis quelques temps, nous ne voulions pas voir.

 

Je m’en souviens encor, ce faut au mois de juin,

Je reçu au courrier

Un étrange papier

Daté, séché, signé par notre châtelain.

 

Je ne comprenais pas car j’étais en congés,

Prêt à rejoindre enfin

La mer du Cotentin,

A regarder la mer, sur la sable allongé.

 

Nous étions quatre-vingt ouvriers sacrifiés,

Le loyer impayé,

Les factures noyées

Dans les publicités du bel hypermarché

 

O bien sur, la prime d’ancienneté versée

Illumina nos yeux.

Ces chiffres merveilleux,

Comme trois chevaux gagnants  dans un très beau tiercé.

 

Ma femme a disparue, et mon enfant avec,

Je n’ai plus de permis,

Où sont tous mes amis,

Brûlés au sel acide de mes sanglots secs ?

 

Et à l’ANPE, on m’a bien expliqué

La flexibilité

Et la mobilité

J’ai fais un beau CV, je me suis appliqué.

 

J’ai écris tous les jours, j’ai écris quatre jours

Aux quatre entreprises,

Elles ne m’ont pas prises,

J’ai crié, j’ai pleuré, appelé au secours.

 

Et puis ils m’ont radié, irradié au soleil,

De ma désespérance.

Et je brûle en souffrance

Des feux  fous de la bouteille aux couleurs vermeilles.

 

Je sombre lentement dans la résignation,

Je vote national,

A la municipale,

Et je lève le sabre et puis le goupillon.

 

Le café a fermé, l’école a disparue,

L’unique épicerie

De mon copain Ali

Reste ouverte tard, la nuit, au coin de ma rue.

 

Et puis le RMI, les sacs alimentaires,

Les regards de pitié,

Et mon honneur broyé

Obligé de me taire, obligé de me taire…

 

Demain je vais fêter mes cinquante-deux ans,

Un beau feu d’artifice

L’ultime sacrifice

De mon âme blessée, mon corps agonisant.

 

Je ne sais pas encor, de l’arabe ou du maire

Qui sera le coupable.

J’ai posé sur la table

Les armes de mon père ainsi qu’un revolver.

 

J’ai perdu la raison, l’alcool brûle mon corps,

Et la télévision,

Pendant le réveillon

Hurle des chants d’amour dans un joyeux décor.

 

Je ne demandais rien, juste un peu de travail,

Me lever le matin,

Toucher mon bulletin,

Peut-être recevoir, un jour, une médaille.

 

Je ne demandais rien, finir tout simplement

De payer ma maison,

Saison après saison,

Et puis tout doucement, vieillir très lentement.

 

Je ne sais pas écrire, et je sais très peu lire,

A l’école autrefois

Je m’enfuyais parfois

Sous les coups de bâton, blessé à en mourir.

 

Je ne sais plus parler, je bafouille des sons,

Je ne me lave plus,

Ma tête chevelue

Ressemble étrangement aux pics d’un hérisson.

 

Je n’ai plus de désir, la mort hante mon corps,

Comme un cancer caché

Et qui soudain craché,

Explose par la bouche en un rouge haut-le-corps.

 

Dites-moi, vous lecteur, tout ce que je dois faire ?

Donnez-moi s’il vous plaît

De quoi panser ma plaie,

De quoi recommencer, comme avant, comme hier.

 

Et je ne comprends rien à la télévision,

La mondialisation,

Et les reconversions

Et les grands bienfaits de la privatisation.

 

J’étais bien, vous saviez, dans mon aliénation,

Il faut bien travailler,

Et j’étais le premier

A entrer dans l’usine avec admiration.

 

Ils parlent de contrat, contrat nouvel embauche,

Je ne demande rien,

Qu’un poste de gardien

Un simple CDE, contrat dernière embauche.

 

L’usine lentement disparaît dans les ronces,

Comme mes souvenirs.

Je n’ai plus d’avenir.

A toutes mes questions, je n’ai plus de réponse,

 

La complainte du pauvre à l’église

Mon Dieu, pardonnez-moi, donnez-moi le courage

De vivre dignement

Dans le recueillement.

Mon Dieu, protégez-moi de tout libertinage.

 

Je cherche dans mon âme, et dans mes souvenirs,

Les mauvaises pensées.

Et pour me confesser,

Je balbutie des mots, des pleurs de repentirs.

 

Le dimanche à la messe, et les veilles de fêtes,

Je suis au dernier rang,

A prier en vibrant,

A donner quelques sous au moment de la quête.

 

Je ne sais pas chanter, et je ne sais pas lire,

J’attends que les fidèles,

Pendant le rituel

Se lèvent lentement pour se faire bénir.

 

Si je connais par cœur les 10 commandements,

Parfois je suis perdu,

Malheureux, tout confus,

A chercher dans la bible les Saints sacrements.

 

O Mon Dieu, donnez-moi votre force d’aimer,

Donnez-moi l’espérance

La joie dans la souffrance,

Le courage éternel de ne pas blasphémer. 

 

O mon Dieu, écoutez ma prière un instant.

Un instant seulement,

Car mes gémissements

Tout au fond de mon cœur me semblent inquiétants.

 

Je n’ai jamais volé, on a volé ma femme,

Un cancer on m’a dit.

Elle est au paradis,

Grâce à notre curé qui a sauvé son âme.

 

Je n’ai jamais tué, si ce n’est à la guerre,

Mais ce n’est pas pareil,

Car sous le beau soleil

De l’Algérie priait l’aumônier militaire.

 

J’ai toujours travaillé 6 jours de la semaine,

Mais quand j’ai refusé

Dimanche de creuser,

Ils m’ont mis à la porte, riant et plein de haine.

 

J’ai voulu honorer et mon père et ma mère,

Mon corps garde toujours

Le feu de leurs amours,

Les brûlures séchées des marques des lanières.

 

Je n’ai jamais commis, O mon Dieu, l’adultère

Mon corps trop fatigué

Ne sais plus distinguer

Le désir disparu du plaisir solitaire.

 

Et le dimanche matin, sur les marches glissantes

De l’église éclairée,

Je suis considéré

Lorsque je tends la main aux belles communiantes.

 

Ils me donnent parfois des cornets de dragées,

Des centimes d’euros,

Et sous les beaux vitraux,

Je ressens votre présence se propager.

 

Et vous m’avez soumis aux tentations du mal,

Et j’ai vaincu le diable,

Serein, infatigable,

Dans l’antre grillagé du beau confessionnal.

 

Après m’être longtemps, humblement confesser,

Le dimanche matin,

J’aide le sacristain

A ranger les prie Dieux et les bibles froissées.

 

Il a beaucoup d’humour, toujours de belle humeur,

A cause de mon dos,

Je suis quasimodo,

Il mime ma démarche avec un œil moqueur.

 

Mais je sais que souvent, entre quelques sermons,

Il boit pendant confesse

Le vin blanc de la messe,

Il lutte sûrement contre quelques démons.

 

Des fois il est si saoul qu’il me dit plein de choses,

L’écho des bacchanales

Du beau confessionnal

Entourée d’un laurier et d’un bouquet de roses.

 

Je sais tous les secrets de notre bonne ville,

Les amours clandestins

Des bourgeois puritains

Avec les belles communiantes juvéniles.

 

Même le châtelain, assis au premier rang

Sur son bang réservé

En lettres d’or gravées

A un comportement des plus déshonorants.

 

Et je ne parle pas du premier magistrat,

Mon ancien employeur

Qui joue au bienfaiteur

A la fin de la messe en son bel apparat.

 

Mon Dieu, pardonnez-moi d’avoir pensé du mal

De ces pauvres pêcheurs.

Mon Dieu, chantons en chœur,

La venue du Seigneur dans le confessionnal.

 

La complainte du pirate

A l'aube minérale

Diluée par les flots,

Les chants des matelots

Dans le ciel sidéral

Déchirent l'horizon

Posé sur les nuages.

Et je perds la raison

A voir dans les mirages

De grands vaisseaux fantômes

Dérivés dans les fjords,

Des jets de maelströms

Et des bordées de cordes

Où pendent des pendus

Aux vergues suspendues.

                          
La complainte du naufragé

Mer, éclats, éclairs, lune blanche au rire noire,

Muraille au front d'eau froide étalée sur le sable,

Je chante le typhon, je romps la mer étale,

Je brise le filet argenté du miroir.

 

Marins écartelés aux poutres des vaisseaux,

Les algues ont murés, en toute transparence,

Le rire ensanglanté et les rouges laitances

Des matelots figés dans la mort en partance.

 

Quelques doigts de coraux, couteaux de sable beige,

Noix de cocos cassés, troncs d'arbres dérivants

Comme des phallus noirs dans le soleil levant.

 

Je dépose aujourd'hui l'écume de la neige.

Et l'écho de la brume en larges roulements

Déserte ma mémoire et coule lentement.

 

La dernière complainte

A mon enterrement, lorsque mes ossements,

Descendront lentement aux cotés de mon père,

Quelques proches parents pleureront doucement

A l’ombre des tombeaux du vaste cimetière.

 

J’aurais voulu ce jour baigné de soleil blanc,

Un ciel d’un bleu uni parsemé de nuages.

J’aurai voulu ce jour, brûlant et aveuglant,

Pour assécher les pleurs des ultimes hommages.

 

J’aurai voulu surtout, sur ma pierre tombale,

Quelques vers de Rimbaud, des sanglots de Verlaine,

 Des larmes mêlées à mes cendres minérales.

 

Le silence troué par quelques oiseaux noirs

Apaisera enfin mon éternelle peine,

Mon âme consumée dans ce grand reposoir.

 

La complainte du souvenir 

Ma mémoire est brisée en multiples morceaux.

Des images d’enfance émergent lentement :

Une photographie jaunie d’un beau berceau

Dans lequel je me noie inexorablement.

 

Je pose mon regard sur ces quelques images,

Froissées comme les plis du temps de la vieillesse.

Je devine parfois, aux yeux des personnages,

Un ami, une sœur, une petite nièce.

 

Mon âme s’évapore, et je reste amnésique

A creuser ma mémoire en tombe granitique.

Oh mon Dieu, mon enfance, happée par le silence !

 

Que suis-je devenu ? Je repose l’image,

Je cherche et cherche encor quelques lointains mirages,

Les feux des soleils noirs de mon adolescence.

 

La complainte nominale

Fallait-il élaguer les larmes suspendues,

Longues lames d'avril évasées par les vents ?

A l'aube écartelée par les arbres tendus,

Une étoile éclatée dans le soleil levant

Gangrène l'arc-en-ciel noyé dans le brouillard.

Nuées d'albatros nains, sternes noirs par milliard,

Allument dans l'aurore un faisceau d'émeraude.

Trouée, drap, torchon d'or, collier de sources chaudes,

Toutes les nuits à traquer l'ombre ! Mais la lumière

Irradie l'archipel de mes larmes premières.

 

Digue d'eau à palmier, sable noir tamisé

Au rythme du reflux des ailes alizés.

Nous sommes le symbole, et le feu, et le temps

Immobile et spatiale que le dieu suspend.

Epuisé par le sel des larmes de tes yeux,

La beauté a séché les éclairs bleus des cieux.

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J'kaz !
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Mardi 25 Juillet 20061 commentaire(s)

LES OMBRES INTERIEURES

 

Les cris mystérieux des anciens propagateurs

D’une fantomatique vérité s’évanouiront dans leurs nuits.

Les anges et les saints seront les anti-héros

D’une histoire passée.

Leurs noms sonneront comme sonne une cloche fêlée.

Et puis les égarés viendront parmi nous

Pour jouir des immortelles passions.

Les arbres nous conteront des ballades merveilleuses

Les nuages, là-bas dans le ciel, ne seront plus

Des arrosoirs utiles mais des cités inconnues.

Un jour, tout s’écroulera,

Un jour le vent ne sera plus une force motrice

Je laisse à votre grise mine le pouvoir

De signer un appel à la providence.

J’entends déjà rugir les invincibles fauves

De la folie humaine.

Quand ils seront lâchés,

Il ne sera plus tant d’invoquer les bonnes paroles.

Une charnelle pluie de jouissance

Arrosera mes délires sous-jacents.

A vous, les tours bétonnées,

Moi, j’ai l’univers dans mon esprit.

Il n’est pas un lieu où vous ne soyez dans mes filets.

Partout, vous serez incapable de dompter

Les foyers de folie que vous avez déclenchées.

Partout, vous serez le destin de votre œuvre. 

La pluie se moque des idées.

L’arbre ne pense pas.

Alors, philosophe d’une illusoire vérité,

Vous serez en mal de penser

Et votre force sera votre faiblesse.

Je n’attends plus avec peur l’effondrement

De votre édifice.

La vie maintenant est là.

Demain est mort, hier n’est plus.

L’avenir ne sera qu’un immense charnier.

La source claire est devant nous.

N’essayons pas d’en faire un barrage, il finit toujours

Par dévaster des vallées entières.

Prenons seulement l’eau, là où elle est.

Et laissons les hommes en mal de vivre

Chercher leurs utopiques voies.

Toutes les voies mènent aux cimetières.

Le sang, les larmes refoulées derrière une vie cachée,

Les sanglots évaporés par les centrales nucléaires.

Les joies que l’on croyait vraies

Et qui appellent à la détresse.

Toutes les amertumes seront sclérosées.

A nous l’ivresse,

A nous l’amour. 

 

Une cité brûle dans la ville castrée,

Les cascades tombent des gorges asséchées,

Un chat accroche son histoire après un arbre,

Le chien est libre,

Un camion se renverse dans sa masse,

Le monsieur au chapeau jaune a une femme catholique,

Un renard, un chacal, un feutre vert,

La rage de vivre me fait mal aux dents,

Un destin se dessine sur le mur,

Je m’arrache la tête,

Des épingles de Noêl dans un voile mystique,

Dieux est nerveux dans son fauteuil de peaux humaines,

Tous les chemins se fonderont en un ballet pour fée,

Seul le lion savoure sa paresse,

Tous les organes chantent un concerto,

L’homme est mort dans sa misère,

Un chagrin de pluie sur une tombe mouillée de sang,

Une espèce rare à chaque coin de rue,

Multipliez-vous, sales nombre, mathématiques sanglantes,

Regardez vos mais ne pierre,

Statues,

Saucisson au lard de Provence,

Pourriture infecte de tes flancs gorgés d’eau,

Bois, bois ton espoir mécanique,

L’autel de l’encens cocu,

Le sourire d’un arbre,

Un visage familier me presse doucement le sexe,

Un serpent de bois vert,

Qui monte dans la honte,

Les animaux de chair,

Tous des frères, vive ;

Et vous, mortels pensants,

Regardez les blocs de peaux tannées,

Les canons de chair appétissante,

Que de feu, que de sang,

Que d’arbres qui se couchent dans leur boue. 

 

La meilleure volonté du monde

Ne suffirait pas à arracher

De mes entrailles cette profonde

Douleur à ma peau écorchée ;

Je voudrais arracher de mes racines

Ce sang ancestral qui me bouffe le cœur,

Un espoir, une visite, un mot

Qui se déshabillerait tout seul,

Ah, un mot sans orages,

Doux, languissant, mûr comme un fruit éclaté,

Un orgasme magique,

Un opéra mystique,

Je voudrais ne pas connaître ce dieu de fer,

Des images cyniques qui parlent d’elles-mêmes,

Des instants stratifiés en liquide vagabond,

Un ruisseau d’oiseaux,

Un fleuve de songes huileux

Qui glisserait le long de mon âme,

Une cité sans phares,

Une lumière morte dans le foyer de tes espoirs,

J’aurais voulu trouver une ivresse de la vie.

Des écueils de soie qui s’ouvrent comme une fleur.

Le métal qui me pèse sur le cœur

Comme un remord de sang figé.

Des flammes de vertes prairies s’en iront

Lécher les jambes de mon esprit d’enfer.

L’immonde sorcellerie me fait des adieux.

Et moi qui range silencieusement le ciel. 

Un mirage de franges embuées sur les fenêtres fermées.

Courir, voler, le roi et sa caserne, le vent qui hurle.

Un toit grimpe vers l’abîme infini.

Je vois les histoires s’enlacer.

Un poème, une eau de pluie dans les gouttières.

Malheur, malheur aux cimes de mon envie.

J’airai marcher sur les sables froids des aquariums.

Un sang de pluie,

Une tornade bouche l’évier,

L’envers qui s’en veut de vivre à l’endroit.

Un marché de vente puéril parmi les yeux brûlants.

Ah, l’espoir, l’espoir, toujours l’espoir

Au milieu des décombres fumantes,

L’histoire, votre histoire, généreuse et seule.

 

J’irai chanter sur les toits plombant.

Un chat sans amour ferreux.

Un jour de Noël, les enfants étrangleront l’illumination.

Eclate, feu d’artifice qui habille les visages ;

Eclate, engouffre les masques de carnaval.

Serpentins qui étoufferont les gorges asséchées.

Un bonheur de plomb qui fond dans ma bouche ;

Un bonheur sans fond où sa largeur est nulle.

Je plongerai dans les senteurs d’asphalte moite

De ma main aux perles de sueur salées.

Un bain de froides sueurs.

On verra les lourds convois d’hommes brûlés

Comme une mèche

Qui, inexorablement courent vers la bombe.

 

La zone urbaine au milieu de mes songes grotesques,

Le sang en horreur qui brûle sur les hypertensions,

Caricature, orage blasphémé,

Parchemin d’excrément putride,

E ciel et moi, à toi, la fille fragile,

Tu es constellée de météores ensanglantées,

Je pense souvent au beurre de fortune mystique,

Livre, fourniture aromatique des images aphrodisiaques,

Je connaîtrai un jour l’horreur des jours de gloire,

La nuit sait les amants,

Un amant de soi, un miroir continu,

Un cercle, un centre où l’on se retrouve,

Où l’on retrouve sa crasse, sa bassesse glorieuse,

Mais tu verras, les corbeaux un jour seront jaunes,

Tous les oiseaux savent le ciel

Et toi, que sais-tu, vénérable étranger,

 Il est bien facile de couper les fils invisibles,

Encore faut-il les remplacer,

Des diamants et des émeraudes de vêtement arraché

Ecorchés sont les hommes.

 

Le sourire gras,

Des lèvres tendues comme une peau de tambour ;

Une cigarette à l’étrange saveur !

C’est un rêve qui s’étoile en fumée…

Aucun soleil ne peut consommer l’illusion ;

Le soldat à la tête de papier

Est revenu parmi les siens.

 

La nuit semble désarçonner

Tous mes essais de possession de mon néant.

Le froid n’existe pas

Et seul

Le vent peut rythmer admirablement

Les balancements de mes états d’âme.

Je ne me suis jamais senti aussi proche de mon néant.

Car il est nécessaire de décalquer

Toutes les supercheries de l’être.

Je suis nouveau,

Le pur de la renaissance mortelle.

Je suis mon dieu, sans majuscule et sans fils,

Avec une mère adultère comme cordon ombilical.

Je me laisse à traîner mes chaussures dans la mort,

Chauve-souris, marmotte et nouvel hiver éternel.

Je retourne au présent, au passé, au futur,

Le sommeil m’appelle, je lance les rêves dans les caves,

Je coupe toute retraite à mon esprit,

J’enferme mon silence dans mes oreilles cassées,

Je décompose les muscles,

Le visage fond,

L’explosion est prête pour le nouveau silence.

 

Sur ce pont désert,

Je repense à toi,

A ce qui a été,

A ce qui aurait pu être

Si je n’avais…

Si tu n’avais…

Et passent les colères,

Passent les paroles,

Les souvenirs restent

Comme des cicatrices

Figées dans ma mémoire.

Je pars m’oublier

Dans les méandres obscurs

De ce lit de rivière

Dans lequel bouillonne

Ma chair désintégrée

Par ton absence subite.

 

Que l’on change les cercueils de place !

Les tombeaux et autres caveaux ne m’inspirent plus l’horreur.

Les rats, la vermine, les vers, les yeux crevés,

Les ventres desséchés, les rires figés, les os pulvérisés

N’entrent plus pour un certain temps dans ma mixture.

Tout le monde déambule comme des noctambules ivres

Qui se cognent aux murs gris ;

Ils n’ont même plus le radar nécessaire.

Une autre les guide, sûr et acier.

 

La nuit est sordide,

Et pourtant, je ne coinçais même pas une ouverture à cet état.

J’ai une invitation au jour, au grand jour moderne.

Mais que pourrais-je en faire ?

Je retourne en mon ombre, au silence,

En recopiant lentement toutes les larmes abandonnées

Par les femmes,

En soignant doucement tous les enfants

Qui ne comprennent plus rien.

Et je n’ai que la chambre,

Je la possède plus.

Je suis trop loin, sans aucune restriction

Pour violer les campagnes,

Les murs n’existent pas ;

Je ne veux plus dorénavant découvrir

Un seul écu sous mon lit.

Je ne suis qu’un regard

Qui se pose comme une colombe sur un toit.

 

J’ai décidément la farce dérangée ;

Mon rire se souvient d’un regard

Qui fut aussi dur que mon sexe.

Suis-je amer au point de le traîner

Dans la boue matrimoniale ?

Le cynisme me plaît, c’est le fruit du renouveau.

Je lui offre une bague en forme de couronne d’épines,

Et ce fut la victime des hommes.

Ou peut-être des femmes ?

 

Je rivalise de sang ;

La nuit découpe en tranches sanglantes les rêves à venir.

Tout est possible.

Les gardiens des tombeaux dorment.

Le sommeil s’en est allé ailleurs.

C’est à moi toute cette ivresse ?

Je suis vraiment décuplé.

 

Le cri fut tellement violent, si puissant,

Que j’en avalai ma langue,

Et ce serpent caché dans les taillis de mon cerveau

M’injecta son venin paralysant.

Rien à faire…

Et attendre que le cours de mon sang

Remonte mes veines ;

L’artère est gonflée,

Le cri est bloqué,

Attendre, encore attendre que jaillisse le flot d’injures.

 

Le soleil ne percevra plus les origines ;

Nul n’est invité à tromper mon angoisse.

Les châteaux, les flots et les perles d’alcool,

Les livres qui s’endorment entre deux oreillers de poussières,

Les plages en or liquide

Qui s’écrasent sur les visages trop vieux,

Les rires d’autrefois,

Nos noms qui s’envolent comme des colombes,

Et les enfants qui ne naîtront jamais.

Plus rien, et même pas un relent de conquête,

Un avant dangereux.

Je laisse venir, et tout s’offre à moi

En orgie de sens et de visions atrocement belles

Comme ces chiens blessés qui se traînent et se cachent

Pour mourir.

 

Oui, et aucune autre ouverture.

Quelquefois, l’ivresse des profondeurs

Me ramène en des lieux étranges.

Les cimetières blafards giflés par des vents sinistres

Dont les mains jettent au ciel noir des cristaux de marbre.

Et la rivière qui s’écoule derrière mon enfance,

Charriant ce qu’il me reste de souvenirs.

Oui, et l’unique régit ma pulsion identique à mon regard.

Ce sont les femmes des passants qui me forcent à identifier

La courbe parfaite,

La chute des reins aussi lisse qu’un toboggan,

Le sein siamois et sensuel,

La blessure large, ouvert, offerte aux semeurs de néant.

 

L’aurore s’écoule en fleur de sang

Sur les longs corbeaux brûlés au laser de la neige ;

Les multiples miroirs

Tirent les obus de l’aveuglement cristallin.

Quelques empreintes, quelques branches fêlées,

Et puis le lourd silence qui tombe de chaque boulet de nuage.

Tout est miroir, reflet lance-flamme défiguré,

Rire gelé et jambes cassées.

 

La rue passe de formes nouvelles ;

Et pourtant je ne peux voler les yeux des femmes.

Le rire se dessine au couteau,

La hanche devient chute,

Les reins creusent mon ventre,

Et pourtant je ne peux voler la chaleur des flammes.

 

J’irise les parfums errants ;

Ma fenêtre est ouverte, le mur est effondré.

Les oiseaux se désempaillent,

L’hymen se déchire,

Les enfants dansent sur le pavé,

Ma fenêtre est offerte aux yeux des réprouvés.

 

La flûte n’existe plus ;

Les rats sont ici, à jouer au poker.

Les dents sont affûtées,

Les soldats sont parés,

L’aventure s’est arrêtée,

Les rats sont chez moi, noyés dans la bière.

 

Le revolver est prêt,

Et la nuit ausculte les derniers sacrements ;

Quelques poignards rouillés,

Des cercueils de peau noire,

Un voleur de cadavre,

Et la nuit qui ausculte les premiers changements.

 

Je dérange mon silence ;

A force de gercer les syllabes musicales,

J’en deviens mon bourreau,

Et qu’ais-je à me plaindre,

Moi, la victime de ma folie ?

Mes désirs sont clandestins,

Mes envies sont perverses,

Et je donne mes mains, mes paroles, mes poèmes

A ceux-là mêmes qui me font devenir mon bourreau.

Je suis coupé en deux,

Les quartiers sanglants s’agitent.

Je suis metteur en scène, acteur et auteur.

C’est le tragique, le comique ou la corde.

 

Les squelettes tombent du ciel

Comme des larmes de cyanure dissoutes

A la graisse d’une lune ;

 

L’homme ne peut combattre la race des vainqueurs ;

Et en lui-même se fondent les spectres de sa propre mort.

 

Les rires sont nouveaux : Soit !

Mais qui pourra déconnecter

Les œuvres des seigneurs de l’angoisse ?

Mais ce ne sont pas des regards,

Ce sont leurs ombres qui bâtissent

Dans les banlieues

Les tours gigantesques qui ne serviront

Que pour le dernier saut.

 

Minuit sonne au clocher ;

C’est l’annonce de la mort de ceux qui n’ont plus peur.

La rue est déserte ;

C’est ma seule étrangère à me faire crédit.

Les feux qui éclaboussent les ombres,

Les folies ventrales,

Et les nouveaux regards.

La nuit s’est installée en conquérante dans mon antre.

A moi, les fondements de la condition,

A moi, les cris bruts, cristallins et sauvages.

Le rebelle, comme le loup, ne sort que la nuit,

Quand le manteau d’étoiles a recouvert

Toute la toile de l’araignée sociale.

 

D’une dernière caresse avant le meurtre rituel…

… où les larmes gèlent quand le tambour ne bat plus le pavé ;

Et l’orage qui bombe ses ventres à plumes

Comme des sexes d’ange

Qui auraient le pouvoir de crever le soleil.

………Et l’homme se détend de sa longueur………………

… Et pourtant les rires ne sont pas dangereux.

Quelle est l’arme absolue à détruire la pulsion ?

… (J’avais dépénétré quelques rixes à rives sanglantes.)

Mais le soleil qui est toujours plus saoul que moi, me traîne ;

…….. Comme une phrase qui…… quand les soldats………

Mangent dans les cartouchières des……… à peaux de chat ;

Et puis.........…, (…………. biller par les mères…….)… alors

Avions-nous le choix, …… pluie qui s’écrasait sur les…….,

Des femmes…

Un enfant…

Une chèvre rouge…

Et quelques cités qui disparaissent

Dans les puanteurs des gorges

Ouvertes comme des canalisation sur un égout de Paris…

Je vais partir,

Je sais où mais pas exactement dans quelles rues

Ou dans quelles insultes… Seulement un crachat sur la vie,

Un autre sur une vitrine de Noêl

E le dernier sur les yeux morts

Ou peut-être le regard d’une statue qui contemple son éternité ?

-          Le ciel ne peut prétendre à la postérité ;

-          J’en réponds du soleil.

-          Et moi, j’hyperbole à faire l’amour avec les nuages…

 

…………….. Et puis continuer à vendre quelques rêves…….

Le temps de découvrir que dans chaque regard se cache un nid ou un porc magnifique.

………………………. LE CRI DEFONCE LE REGARD……………….

LE RËVE NOIE L’OSNOS NU………………. L’HYMEN S’ ECLATERA

…………………………….. LE CRI DEFONCE L’ENNUI………………..

Et ma fille n’est pas en ce monde incertain,

En ce monde où le temps s’écoule sans un bruit.

Je ne peux qu’écouter, que baiser la putain

Qui m’offre son corps nu en échange d’un cri.

 

…….. Le rythme veut reprendre sa place initiale,

Mais je détruirai la fausse symétrie qui avale la douleur.

……. Le cri, toujours le cri, …… A en devenir muet de peur

Tellement le cordon étouffe

Les petits corps d’enfants non-nés.

………………………………………………………………..

 

La jambe est en étoile lactée,

Eclatée sur le parterre de lierres

Qui remontent entre mes cuisses gainées de lianes à sang ;

Les seins à soie à l’écume de sable

Semblent se hausser sur la pointe des chapeaux à rubans,

Et le ventre de mousse ondule

Sur la terre de chair en tremblements,

Comme un mouvement intérieur qui envahirait l’être,

Ecartelée par les secousses d’un bulldozer à érection,

Entre le désir de s’enfuir et l’envie de hurler.

Le dos vallonne des reins à cascades

Sur lesquels s’épanchent des doigts de marbre sanguin ;

L’œil est mort, entrouvert sur le plafond qui n’existe plus.

La nuit est ailleurs,

Ou peut-être au creux de ses reins qui se cambrent

Sous les aiguilles aigues des nerfs qui crèvent la peau

Comme une fleur qui explose au matin sous le four à soleil.

Et le cheveu se mêle à d’autres cheveux,

Et les bouches qui bavent sur les draps de peaux,

Et puis la disparition de ce silence qui rythmait l’hymne

Quand les corps semblaient aussi froids qu’une tombe ?

C’est toute une araignée qui a tissé sa toile

Autour de ces corps nus, allongés dans les ventres. 

 

Les soutes à cadavres se sont remplies

Dès les premières neiges du pouvoir nouveau ;

Les corbeaux casqués longent les rues glacées.

Une nuit sans lune, comme tant d’autres nuits ;

Où des ombres libres s’agitent sous les pas des bourreaux,

Une nuit où les ombres s’effacent

Jusqu’à ne plus devenir qu’un souvenir, qu’un nom oublié.

Et la main tremble,

Et même le sexe ne peut plus bander sa fierté d’homme,

Car il n’y a plus de femmes, plus de caresses,

Seulement les baisers sanglants

Des matraques et des gourdins.

Et puis tenir, tenir jusqu’à la mort,

Tenir jusqu’au dernier affront,

Jusqu’à la dernière insulte.

Les corbeaux passent et la fleur reste.

 

Les jets de cendres au visage du soleil

Comme pour essayer d’éteindre la mer qui s’enflamme

Sous les ailes luisantes des baleines volantes ;

Les cités bien trop loin de mes pieds fatigués,

Les femmes d’un instant, une seconde imaginées,

Une minute aimée dans les draps d’un lit de bois,

Quelque part, entre une île tropicale et une ville,

Les oiseaux qui s’ennuient, corbeaux noirs et cigognes,

Vautours hostiles, aigles décarcassés, os brisés,

Et puis des rires et des pendus, des femmes et des enfants,

Les soldats qui s’enivrent et la boue qui inhume.

Je me suis trop dérangé la vue

Pour ne pas apercevoir les vols serrés des nuages vagabonds.

 

Si les sourires renaissent des étoiles éventrées,

Il n’en reste pas moins que le rire est loin derrière le soleil ;

Les larves de mes désirs avortées,

Les fœtus des envies d’un jour,

De la minute attendue pendant un siècle,

L’hymne au silence semble décent,

Et pourtant,

C’est comme une mort de soie qui recouvrirait l’homme,

Attendre, est-ce ainsi que l’œil pense ?

 

…  Et la neige apparaît en boulets de nuages,

Un à un, lentement, sur le trottoir glissant

Qui devient peu à peu un linceul écoutant

Les bruits sourds, étouffés de mes pas hésitants

Sur la dentelle blanche, vierge et si volage.

 

Je n’ai plus de silhouette à me mettre

Pour me confondre aux murs transparents de ma chambre.

 

C’est le tourniquet aux cauchemars,

Et jamais le sommeil n’est au centre des cris

Puisque je ne dors pas ;

 

Je rêve au loup, solitaire et puissant,

Qui longe les façades de l’horizon ;

 

Je rêve à la femme qui est morte,

Un soir de juin, dans le sel de mon regard ;

 

Elle s’est noyée dans le lit de mes larmes,

Emportée, légère et douce, vers le gouffre des voleurs ;

 

Je ne vois que des ombres, fondues aux arbres,

Statues décalcifiées par le rythme moderne ;

 

Je ferme la fenêtre, ouverte sur les murs

D’une école nouvelle ;

 

C’est la puissance du silence

Qui rompt le souvenir ;

 

Et l’ombre évolue sur l’empreinte des draps.

 

L’arbre est détendu ;

C’est l’hiver installé dans les nœuds des nids ;

Et c’est le silence qui givre les regards de verre,

Ces fenêtres qui s’ouvrent sur la rue engluée.

 

Des mains de bois qui se tendent vers le Dieu,

Implorant quelques gouttes de diamants ;

C’est le marais dont immergent des mains de noyés.

 

Et le regard ne peut soulever cette terre au ciel,

Ce silence qui ronge les dernières solitudes,

Aux creux de quelques yeux noirs,

Couverts d’une auréole de cire chauffée au sommeil.

 

Ma main tremble aux souffles des oiseaux morts,

Et le vent ne veut violenter les feuilles mortes ;

C’est d’un dommage tragique ;

Le ciel tourne à l’ocre ;

Le feu vole les dernières cartouches de l’hiver.

  

Le cygne fend l’eau ;

Le cou est une lame de rasoir

Qui découpe la dentelle transparente.

Et même le silence n’ose respirer,

Le vent en suspension, le courant à l’arrêt.

Le cygne fend l’eau ;

C’est le débarcadère au rêve marin.

La nuit n’aiguise pas.

Car la lune s’est enflée à l’annonce heureuse,

Et les arbres se découvrent,

En laissant la lumière pénétrer le grand lac.

L’oiseau pique un regard,

Le poisson s’interroge,

Et le pécheur assis s’endort sur la grève.

Le cygne fend l’eau ;

Et le fantôme blanc, passe, sans un bruit,

En emportant dans ses ailes

Le secret de la beauté.

 

L’homme à naître commence ;

L’échelle n’existe plus

Car il n’y a plus de haut ni de bas.

Il n’y a que la pulsion

Qui peut réorganiser l’ordre ancien en nouveau désordre.

 

Je dénégatifie les dernières révélations.

J’étais promis à l’esclavage ;

Je suis à nouveau désintoxiqué de l’enfer ; et pourtant…

Je continue à défaire les nœuds de larmes.

 

… Et puis, attendre le départ,

Attendre, encore attendre ;

Le train part et je reste…

Condamné à l’exil en mon propre domaine.

 

Et pourtant…

Je les vois, ces fusées bondées de rêves,

Qui déversent au ciel leurs nuages cylindriques,

Ces trains qui roulent, roulent… et roulent encore.

 

Je ne suis que clochard,

Le vagabond est mort à la cour des miracles…

 

… Les souvenirs s’en vont,

Et pourtant ma mémoire accouche des saltimbanques

Qui errent comme une lionne dans un zoo de banlieue.

 

J’ai volé un regard ;

La femme n’avait pas de culotte,

Et la fine fente bleue de son œil humide

Reflétait les méandres de son ventre liquide.

Les gouttes, une à une, s’écrasaient sur ses jambes,

Comme des obus flasques, contenant des larmes.

Ses cuisses étaient tendues comme des arcs à muscles

Qui lançaient des flèches à chair

Dans ma poitrine à testicules flambants.

Mais je lui ai rendu son regard volcanique

Qui laissait couler la lave nouvelle

De la bave originelle.

Et puis, je suis parti, vers un autre regard,

Un regard à voler, un regard à violer,

Un regard à briser, un regard à parler,

Mais je ne demande jamais. 

 

Je me mets à l’ombre,

A l’intérieur de mes silences et de mes souterrains.

Je possède mille caves et mille greniers

Desquels je peux voir les envols des colombes.

Personne ne peut me déranger,

Pourtant la clé n’existe pas, ni de porte,

Ni de mur, ni fenêtre.

Je voyage sans bouger un pied,

Et même les rêves ne me servent à rien.

Je redéfinis ma ville, mon cimetière enguirlandé,

Mes rues piétonnières où s’éclatent les chevaux,

Mes femmes d’un jour, d’une nuit oubliée,

Je redéfinis la mort, et la fête et la vie nouvelle.

Et même le mot semble revivre sous ma main élastique.

Je me mets à l’ombre,

A l’intérieur de mes cités et de mes cimetières.

 

Aujourd'hui, quelque part,

Dans les nœuds d’un méandre citadin.

Le flot est nouveau. Unique, peut-être fantastique.

Je ne suis plus poète pour quelques heures

Puisque les regards fous m’arrachent le pouvoir.

Je retourne à l’origine sans le vouloir.

Mais l’autre nécessaire.

Le souffle impose la transparence de l’inévitable rencontre

D’un rentier et du mendiant.

Qui donc a découvert l’orgie de la lettre ?

Il ne peut y avoir de superflu.

Et même le mensonge, l’erreur et le regret

S’évanouissent, comme happés par une langue inconnue.

Soit ; que le vent tourne et je deviens girouette.

Mais n’est-ce point après tout l’objectif de l’acteur ?

Mille et un silence,

C’est autant de regards étrangers à celui d’origine.

Ne point prendre de couleurs neuves,

C’est vouloir dissoudre le fer dans l’eau.

Je me suis résolu, et tout le mystère est là.

L’ailleurs n’est pas plus loin

Que l’est mon regard de mon cerveau.

J’ai voulu évaporer la mer avec la chaleur de ma colère.

Et rien ne peut transformer l’état de mon sanglot.

Si la forme évolue, le sel n’en n’est plus dense,

Plus fort qu’un aimant bien armé.

 

C’est une approche sordide, et combien dangereuse.

Mais me fallut-il renoncer à l’atroce spectacle ?

Des voyages infernaux, des canaux sanglants,

Des femmes égorgées, les enfants éventrés,

Un chien carbonisé, une ferme isolée,

Et mon regard posé sur les ruines nouvelles ;

Sans même posséder l’ultime éclatement,

Je me contente de pencher un œil sur le trottoir.

C’est un affreux comique.

Et personne ne bouge, la peur rend impotent.

 

La rue semble agiter aux premières lueurs

Qui baignent d’un vent frais les enfants de l’école.

L’ouvrier au café s’envoie un dernier verre,

Et la cloche résonne, et la machine tourne.

 

Je cherche son regard, embué dans le rêve ;

Ses yeux semblent absents, je sais qu’elle regarde

Le pas du premier pas d’il y a dix-sept ans.

Le sommeil embellit ce corps qui parait mort.

 

Le travail aujourd’hui ne pourra pas m’attendre,

M’en fous, je reste au lit à compter les baisers

Qui garnissent la bouche entrouverte et luisante

De celle qui s’enroule autour de mon corps nu.

 

Pourquoi est-il un cœur aussi fragile et pur

Alors que notre monde éclate en déchirures.

Tu ressembles au lion, pris au piège et blessé,

Rageant contre le plomb, essayant de percer

Illusoire et terrible, le regard du chien fou ;

C’est ainsi qu’est l’amour, infernal comme un trou

Intérieur et dont tu ne verrais point la fin ;

Ah, que le ciel est bleu ! Je ne crois plus en rien,

 

Car les dieux sont bien morts, absents de mon enfance.

Ouvrir les souvenirs, c’est fermer le présent

Unique aux désirs futurs de notre patience ;

Regarde autour de toi, c’est toujours le semblant,

Alors que mon regard ausculte ta pensée !

Ne dis rien, le silence vaut mieux que l’espérance…

Tu ressembles à l’oiseau, pris au piège et blessé.

Tags associés : ombres, interieures

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Mardi 25 Juillet 2006Poster un commentaire
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